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      Je suis, enfin, de retour sur la scène de nos premières émotions, quelques jours après ton départ pour m’enivrer une ultime fois de ces parfums qui nous étaient familiers. Chaque souffle d’air de notre région est nécessaire à mon inspiration pour sceller à jamais notre histoire ; l’histoire des jumeaux, comme aimaient nous désigner nos amis. J’ai toujours pensé que nous avions eu de la chance d’avoir à nos côtés de telles personnes, sensibles, sincères et aimantes. Ils nous ont longtemps accompagnés sur cette route tortueuse que la vie avait tracée pour nous. Mon chagrin fut grand lorsque, imitant peut-être ta sortie, les uns après les autres, ils s’enfuirent vers d’autres rêves que nous ne pourrions partager. Cette période fut difficile à gérer ; pénible d’accepter cet abandon qui peu à peu vérolait mon corps et mon esprit, me laissant démunis pour, dès maintenant, glisser te rejoindre dans un autre monde. Aujourd’hui, le corps fatigué mais le cœur excité de  t’étreindre à nouveau, je m’apprête, dans un voyage sans retour, à te retrouver sur l’autre rive de notre vie.

 

      Ce jour, je veux juste te faire partager ces sentiments maladroits que je ne su, peut-être par timidité, peut-être par maladresse, exprimer comme le destin me le dictait. Alors je profite de nos prochaines retrouvailles pour libérer mon âme : Je t’aime ! Ces mots ne peuvent te surprendre ; blottis au creux de ton épaule, souvent, mon murmure exhalait la passion des instants passés. J’ai le souvenir d’une soirée à la douceur enivrante ; notre dernière nuit d’adolescents où les étoiles, témoignant de notre désespérance, ne délivraient qu’une lueur exsangue. Nous avions passé une soirée avec nos familles qui ne nous imaginaient pas ensemble ; amis peut-être ou, plus sûrement, sœur et frère de cœur. Sur la soie froissée, tu étais dévêtue, suave, ton corps épousant le mien, quand nous avons décidé de taire à jamais ce qu’ils avaient probablement redouté ; aucune parole ne convient aux souffles des amants qui vont se perdre dans l’anonymat d’une seconde de plaisir. Tu as souri en pensant à eux ; et c’est le moment où je t’aurais voulue sentencieuse. En secret, une vision obsédante nous a rappelé que nous avions appris avec d’autres ces caresses dont les effets venaient à peine de s’estomper. Moi, je savais que ces étreintes n’étaient pas les mêmes, certainement les dernières ; toi, tu as seulement changé de sourire…

 

      Quelques heures plus tard, le cœur anéanti, tu m’as lancé, remontant lentement cette rue étroite qui déjà nous séparait, un ultime regard de proscrit. Quel autre aurait été possible ? Subitement, face au néant de ton départ, je me suis mis à espérer, tel un dément, que tu ne faisais que t’éloigner, que tu reviendrais. J’ai rendu grâce à la puissance divine de t’avoir désignée, parmi tant d’autres femmes, pour venir vers moi. Pourtant, une angoisse oppressante s’empara de mon esprit, comme s’il était possible que le lendemain, on t’imposât de nouvelles afflictions. Pour me rassurer, recroquevillé au fond de mon lit, redevenu soudainement glacial, j’ai respiré longuement l’écharpe qui était imprégnée de ton odeur, une partie de ton corps, une partie de ton âme si proche de moi pour toujours. Enivré par ces senteurs intimes, j’ai sangloté de ma lâcheté.

 

      Alors, depuis ce jour, je crie dans l’antre abyssal de ma solitude, éructant, à la face de ces souvenirs mort-nés, les mots de notre amour pour reconquérir le silence harmonieux de notre bonheur. Mon existence n’a eu de raison d’être que par toi, nous ne devions, ensemble, n’avoir qu’un seul regard, qu’un seul souffle, qu’une seule vie qu’ils ont lâchement poignardée ; la mort, sûrement, nous réunira. Aujourd’hui, mon agonie est ton agonie, comme ma vie fut la tienne. Aux grilles resplendissantes d’un Eden incertain, auront-ils le cœur de nous séparer ? Ensembles, mains à mains liées, nous flânerons sans but vers une nouvelle éternité  que le monde des vivants, si longtemps, nous refusa.

 

      Parfois, lorsque la nostalgie submerge mon âme, je revois ton regard déversant son trop-plein d’Amour dans le mien et les larmes que, quelque fois, tu retenais. Ce n’étaient d’ailleurs pas des larmes mais plutôt une forme de sensibilité qui périodiquement refaisait surface, un soupir oppressant du fond de ta poitrine. J’ai, en mémoire, ces moments que nous passions ensemble, assis sur le rebord de ton lit ; seuls nos yeux communiaient. Durant des heures, aucunes paroles n’étaient échangées, nous en étions par ailleurs incapables. Je frémissais, si bouleversé que ton regard demeure ancré au mien. Mes lèvres se lovaient contre la moiteur enivrante de ton front. Lentement, tes yeux appelaient mon âme, bouteille lancée à la mer, pour me dire peut-être la tristesse, peut-être pour me remercier d’être présent, de ne pas t’abandonner. Alors, tu  retirais ta main de sous la mienne et tes doigts redessinaient mes lèvres. Par instants, tu me fixais en souriant et ton visage, imperceptiblement, s’inclinait vers le mien… Depuis bien longtemps, Les ténèbres ont envahi notre couche, immolant dans les feux d’un enfer implacable, notre amour.

 

      Ce matin, je me suis réveillé et, malgré le rêve délicieux qui m’accompagna durant la nuit, tu n’es pas là ; tu n’es plus là. Par une froide journée de décembre, tu es partie sur le chemin des cyprès, me laissant seul, sans repères, acceptant difficilement la survie que tu m’imposais. Dès les premières heures du jour, je me suis levé et, face aux arômes trop forts de mon café brûlant, je te parle comme jamais je n’ai osé le faire. Je te parle et, en sursis, j’existe encore un peu. J’existe car, où que tu sois, tu es à mon écoute et, derrière le bleu azur de mes yeux rougis, il me semble t’apercevoir m’adorant comme la destinée nous l’avait promis. Mon regard, comme chaque matin depuis mon enfance, glisse en pensée le long de ton corps, effleure le grain de ta peau aux senteurs épicées. Je ne pensais pas pouvoir être encore autant ému par ton corps qui me parait si proche du mien et dont chaque courbe est ciselée à jamais dans ma mémoire. Chaque parcelle de ton épiderme est vivante en moi, chaque pores frémissants au contact de mes doigts, ton odeur, ta chaleur ; passer ma main sur ton visage de solitude, m’enivrer de ta chevelure de soie, me nourrir de ton corps des heures durant, étreindre ton âme chancelante, te garder encore un peu, te dire combien je t’aime. Je souhaite te dire de ne surtout pas trembler devant la mort qu’il nous reste, ensemble, à vivre.

 

      Hier soir, je me suis agenouillé, en larmes, contre notre lit ; théâtre d’étreintes appartenant à une autre dimension. La tête posée sur les draps chiffonnés, j’ai tenté de respirer les effluves de ton parfum d’Amour qui, depuis longtemps, s’étaient enfuis.  Mes joues, dans mon délire, ont caressé l’empreinte que ton corps a laissé sur le lieu douillet des pugilats amoureux qui animaient nos nuits. Ô Amour ! Ton absence, chaque minute, engloutie mes rêves d’enfant. Je reste seul à te parler, à te convaincre que notre Amour est le seul méritant d’exister.

 

      Sur mon bureau, à côté de l’ordinateur, je contemple le portrait de tes 15 ans où tu sembles tellement heureuse ; dans ton regard, à cet instant précis, rien ne compte plus que ton bonheur. La vie a pris possession de tout ton être, rien ne peut t’atteindre : nous n’appartenons déjà plus au même monde. Tu es au-delà des tourments qui hantent mon existence. En 24 heures à peine, combien de fois me suis-je recueillis devant ton regard fascinant, sorte de veau d’or idolâtré des temps modernes ? Immobile, je fixe chaque détail que je connais pourtant par cœur ; j’énumère chaque secondes interminables qui rythme mon angoisse. Je demande à ton absence si tu as été heureuse ; t’ai-je aimée tel que tu le méritais ? Mon esprit ne peut se libérer de pensées obsédantes qui, heures après heures, abolissent mes dernières évidences.

 

      Sanglotant, je me réfugie dans un chagrin latent, entre le doute et la peur. Je sombre peu à peu, ensorcelé par les cantilènes obnubilantes d’une mort cérébrale proclamée. A présent, notre amour disparaît au cœur d’un brouillard terne qui, doucement, m’enveloppe tel un linceul. Je m’en vais te rejoindre dans le scintillement des âmes, envoûté par ta mélodie. Au-delà de la vie, au-delà de la mort, tu es… moi.

 

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