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          Cette nuit, à travers l’humidité qui peu à peu engourdit mes membres, je me perds le long d’un sentier inconnu. J’ai tellement besoin d’être seul qu’il me semble que la vie s’est arrêtée autour de moi. Ces états d’âme, que certains jugeraient enfantins, me détruisent depuis près de douze heures et je dois, seul, sortir de cette apathie qui déjà me ronge. Je me suis pourtant préparé, depuis bien longtemps, à une telle extrémité mais cette douleur prévisible était enfouie dans les méandres de mon cerveau. Mon dictaphone à la main, je me suis assis sur un banc de pierre à l’orée de la forêt de Haye, il est glacé mais je suis insensible à la brûlure de la matière. La nuit est opaque, les rares étoiles trouent la morosité de la voûte céleste mais je ne les vois pas. Sous le ciel aux allures lugubres, je m’imagine ce que le dernier homme de l’humanité pourrait ressentir face à la fin du monde, la fin d’un monde. Rien n’a plus d’importance, en ce moment, que ce vertige interdit qui vampirise mon être. Je prends conscience de cette douceur familière  qui s’enfuit et je frissonne de tristesse ; mon corps semble atrophié par cette perte qui, déjà, occupe les moindres recoins de mon espace vital. Je prends conscience, maintenant, que certains instants magiques me seront refusés. Je ne cesse, pourtant, de penser encore et encore à ces minutes de pure exaltation et, peut-être même de pur bonheur. Bonheur anodin qui, au hasard d’une rencontre, pose sa main bienveillante sur un moment de vie jusqu’alors insignifiant. Dans un sursaut de lucidité, dont je me croyais incapable, je réussis à me soustraire à l’étreinte de ma déréliction, afin de me réfugier vers ces souvenirs qui agrémentent une existence.

 

          Accompagnant certainement ma nostalgie, la ville est étonnement silencieuse, comme désertée par ces êtres insipides qui m’indiffèrent chaque jour d’avantage. Je me sens si désemparé depuis quelques heures, abandonné ; une partie de mon cœur arrachée. Epilogue prévisible qui ne réussit pas à expliquer ces tremblements que je suis incapable de maîtriser. Au centre de ce brouillard qui orne ma nuit d’atours plus funèbres encore, je libère mes larmes trop longtemps contenues pour purifier mon esprit et refuser de me noyer dans cette léthargie qui me guette.  J’ai, soudainement, honte de cette peine qui oppresse mon cœur, de ces larmes qui, contre ma volonté, tracent sur mes joues l’épilogue des joies déjà disparues. Je lutte contre cette haine qui, au fond de moi, prend naissance, contre ces paroles que jamais personne n’entendra. J’ai parfois envie d’extérioriser tout ce qui me hante, tout ce qui m’empêche d’être heureux mais, n’est-ce pas trop impudique d’exposer ainsi

ses cicatrices ? Comment expliquer que certaines tranches de vie ne tiennent plus parfois qu’à un fil ? Chaque douleur qui me frappe est pour moi une déchirure supplémentaire à l’habit pailleté qui couvre la noirceur de mon âme.

 

          Je pourrais, certainement durant des heures, m’extasier devant cette joie ressentie face à ta décision de stopper là cette auto flagellation qui, depuis trop longtemps, te mine, libéré de cette souffrance qui aspire, peu à peu, des parcelles de ta vie. Je pourrais m’attarder quelques minutes afin de te décrire l’allégresse qui m’a envahie lorsque j’ai compris que ton supplice arrivait certainement à son terme, qu’une nouvelle existence, peut-être, s’offrait à toi et à ton fils. Je suis tellement heureux car la vie a, parfois, été si injuste avec toi qu’il est temps de te construire un véritable bonheur ; un bonheur qu’elle te doit et qui sera édifié pierre après pierre pour sceller à jamais cette plénitude qui emplira ton cœur. Il serait tellement facile pour moi d’oublier les nombreuses fois où, croisant ton regard, je te quittais, attristé et malheureux de te voir si différente de ce que tu aurais voulu être. Je dois t’avouer que, parfois, j’ai eu envie de te prendre dans mes bras pour te réconforter ; peut-être comme un frère. Bien sur, j’ai réfréné mes instincts car je n’en avais pas le droit et ce n’est pas de mes bras, ni de mon réconfort, dont tu avais besoin. J’ai quelque fois eu l’impression d’être tellement inutile. Aujourd’hui, il est important pour moi de songer à ce que va être ton futur quotidien sans cette pression omniprésente, sans cette épée de Damoclès qui risquait à chaque instant de réduire à néant ces projets que ton esprit avait enfanté. Opprimée, enfin tu vas te libérer de ces liens qui niaient ce qu’il y a de plus beau en toi : l’espoir et la vie. A présent, je suis heureux car je considère qu’un renouveau va t’entourer de ses vibrations les plus tendres pour t’apporter ce qui te manque : un peu plus de tendresse, un peu plus d’amour et cette sérénité qui guidera tes pas.

 

          Ce soir, le regard dans le vague, je ressens une haine profonde contre cette lâcheté récurrente qui m’a poussée à te mentir. Mon état me rendait incapable d’avouer ce mal qui venait de me frapper et je n’avais surtout pas le cœur de réduire à néant cet espoir qui enfin t’envahissait. Indignement, et pour la première fois, je t’ai tourné le dos, préférant m’enfuir plutôt que de t’offrir le spectacle  pitoyable de mon accablement. Avais-je le droit de nier par mon attitude cette chance qui s’offrait à toi ? Pourras-tu un jour me pardonner cet égoïsme qui me fait, depuis quelques heures, refuser ces valeurs d’amitié qui me sont pourtant si chères ? Je maudis cette morne journée, je maudis ta décision, je maudis la vie qui te pousse à cette désertion et également le monde entier. Je cherche, dans cette folie qui altère ma raison, à fuir l’instant qui devient minutes après minutes plus intolérable encore. Mes regrets, accouchés dans cette douleur qui ne cesse de croître en moi, me poussent à occire ses souvenirs qui demain me hanteront. Dans l’opacité de cette nuit, que même la Lune semble avoir abandonnée, une fois de plus, je me réfugie dans l’irréel de cette vie que je me suis créée, pour fuir la médiocrité de mon existence. Dans ce paradis intemporel, je suis à nouveau accompagné de ces êtres que j’aime tant. Enfin, je peux communier avec eux, sans retenue, sans peur ; je les aime, ils le savent et ne se choquent pas de mes attentions. Cette vie, dont l’utopie est flagrante, n’est qu’un rêve et, chaque jour, me ronge un peu plus. J’aimerais tant vivre avec les quelques personnes qui ont, dans mon cœur, une place privilégiée. Folie destructrice, je suppose.  Pendant une seconde, j’ose déplorer l’instant de notre première rencontre sans laquelle, aujourd’hui, ma souffrance ne serait que vue de l’esprit. Ces quelques années sans toi auraient certainement été différentes mais auraient-elles été heureuses ? Je ne crois pas et, comme cet élancement au niveau de mon cœur semble me le rappeler, tu occupes, aux côtés de Tiffany, une place particulière dans ma vie.

 

          A cet instant, sur ce banc impersonnel, mon corps se recroqueville face à cette vérité qui vient de me frapper ; mon image, soudainement assombrie, me fait horreur. La laideur de mon esprit absorbe, d’une manière irréversible, la clairvoyance de mes sentiments. Je ne suis, en fait, que rempli d’un égoïsme qui finit par me dégoûter ; j’ai, à cet instant, honte de mon comportement, honte d’avoir osé me considérer comme ton ami alors que je ne songe qu’à ma petite vie bien ordonnée. Seul m’importe, aujourd’hui, ce manque qui m’habitera prochainement, qui m’habite déjà. Je fais mienne la maxime : « une amie est une personne qui vous manque même lorsqu’elle est présente. » Je veux me faire souffrir pour expier mes faiblesses, pour lutter contre cette sensibilité d’un autre age et enfin me libérer de cette angoisse qui n’a pas de raison d’être. Je suis incapable d’empêcher des idées assombrir mon raisonnement, incapable de comprendre ta douceur, ta sollicitude, ta disponibilité à mon égard. Je mérite si peu ta présence mais m’empare de ce bonheur, chaque jour, avec jubilation. Jouissance…  intellectuelle qui est indispensable à ma vie.  

 

          Alors que la nuit, peu à peu, déserte discrètement le ciel nuageux de ce mois d’octobre, j’ai soudainement peur qu’un jour ton image s’estompe du premier plan et aille rejoindre le monde de ces petits souvenirs qui n’ont d’importance que les soirs de déprime. Ces souvenirs que beaucoup noient dans l’alcool et dans la fête. Je vais, maintenant, me concentrer sur ce que tu as réveillé en moi et que je croyais  avoir perdu : l’amitié. Nos moments de complicité m’auront redonné goût à la vie et m’auront fait oublier des souvenirs douloureux qui me hantaient depuis de nombreuses années. J’ai réussi à faire de cette solitude omniprésente, une alliée voire quelques fois une maîtresse, trop douce sans doute, mais qui était en fait, ton pendant. J’ai eu la chance, à tes côtés, d’apprendre, de comprendre, de m’enrichir d’instants nouveaux qui, chaque jour, ont édifiés ces certitudes nécessaires à nos vies. Tu rends les autres meilleurs et pourtant, tu ne cesses de douter. Je trouve tellement incompréhensible ce manque de confiance qui t’accompagne que parfois, j’ai envie d’hurler. Ne laisse personne mettre en doute la préciosité de ta vie, accepte ce que ton regard offre en permanence, sois toi-même et ne recule plus jamais car ton bonheur est à portée de main.

 

          Lentement, je redescends, titubant tel un ivrogne, ce sentier qui me ramène vers la vie des hommes, vers une réalité oppressante que je n’admets plus mais qui m’est imposée. La brume pénétrante m’entoure et semble appeler à la fin d’un spectacle ; ce matin, pour la première fois, la lueur d’un cœur s’est évanouie et, dans le frimas annonciateurs de l’hiver,  le clown blanc est triste. Seul, au centre de la piste, le clown, ridicule, n’a plus envie de sourire, il est gagné par la mélancolie de cette fin de représentation. Dans la poussière, il scrute, plein d’espoir, les gradins désertés et se remémore déjà les sourires qu’il ne veut jamais oublier. Il va devoir, inlassablement, se refaire un masque et se présenter, dignement chaque jour, au centre du chapiteau de la vie pour un nouveau numéro afin que nul ne sache jamais qu’aujourd’hui l’âme du clown blanc est morte.

 

          Egoïstement, les yeux délavés par la peine, je souhaitais partager chaque ligne, chaque mot avec toi. Je voulais communier avec toi pendant les quelques minutes qui te seront nécessaires à lire ces émotions distillées avec pureté et respect ; mais seul avec toi. Ces secondes, si tu le permets, nous appartiendront ; elles m’appartiendront à jamais et seront serties par une force incoercible aux marches de ma vie que, par la sincérité de ton cœur, tu as rendue plus douce. Toute mon existence, je me servirai de la sensibilité de ma plume pour coucher mes Amours, mes Amitiés sur des feuilles blanches, les noircir de mes sentiments pour mon plus grand bonheur. Et ton prénom, en lettres d’or, ouvrira l’un des plus beaux chapitres de ma vie.

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